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Qualité d'air intérieur: votre maison est-elle malsaine?

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Radon
Champs électromagnétiques
Approche de solution

Jusque dans les années 80, les femmes québécoises étaient considérées comme les femmes les plus propres de la planète. La hantise des microbes poussait chaque ménagère à investir une fortune dans les savons, détergents et désinfectants les plus variés. Les femmes les plus fières clamaient que chez elles on pouvait manger par terre. Drôle d'idée tout de même que de manger par terre.

Depuis les 30 dernières années, les québécois ont fait un virage majeur pour améliorer la qualité de l'air intérieur de leurs maisons. Il faut dire qu'ils y ont été forcés, car pour réduire les coûts de chauffage on a rendu les immeubles plus étanches aux changements d'air naturels. Dans les années 80, l'air intérieur était devenu de 8 à 10 fois plus polluée que les normes extérieures acceptables.

Malgré tous les efforts réalisés depuis, les enfants et les adultes souffrent de plus en plus d'allergies et de troubles respiratoires chroniques. Deux questions se posent:
1- Avec les antibiotiques et notre propreté maladive sommes-nous en train de créer une race humaine incapable de se défendre contre toute forme d'agression irritante ou infectieuse?
2- Est-ce un cas de surexposition aux produits chimiques qui crée ensuite une hypersensibilité en présence d'une faible concentration des mêmes contaminants ?
Un peu des deux probablement. Mais que faire? Voici un grand tour d'horizon pour mettre ce problème complexe en perspective.

Les années 80: poussières et fumée

Durant les années 80, la prévalence de l'asthme a grimpé en flèche au Québec. Les allergologues ont alors pointé du doigt la poussière des tapis, la poussière accumulée dans les conduits d'air, la fumée de cigarette et la fumée irritante des feux de bois des foyers ouverts.

Une étude sur le comportement de la poussière dans les maisons a démontré que durant la nuit et lorsque la maison est inoccupée la poussière se dépose rapidement au sol. Dès que les occupants entrent dans la maison ou qu'ils se lèvent le matin la maison se remplit d'un brouillard de poussières fines. La concentration de poussières étant beaucoup plus importante dans les maisons avec des tapis qui accumulent les poussières.

Les québécois ont progressivement:
- enlevé les tapis pour les remplacer par des revêtements lisses et lavables (surtout le bois et les planchers flottants stratifiés)
- installé des filtres à air plus efficaces sur leurs fournaises (filtres HEPA, filtres électroniques) Le nettoyage des conduits d'air étant totalement inutile en présence d'un bon filtre.
- fermé les foyers ouverts (qui dégageaient des fumées irritantes dans l'air) en insérant des poêles encastrés dans l'âtre ou en fermant l'âtre par des portes vitrées. - pris l'habitude de fumer à l'extérieur.

Les années 90: les moisissures

Au début des années 90, le taux d'asthme étant toujours alarmant, les microbiologistes ont pointé du doigt la présence de moisissures irritantes et toxiques dans les murs et les planchers des sous-sols. On comprit que parmi les "nouveaux asthmatiques" plusieurs cas n'étaient pas des cas d'asthme mais plutôt des cas d'irritation par les spores allergènes de moisissures qui foisonnaient dans les maisons dont le taux d'humidité était trop élevé.

Les spores de moisissures sont naturellement présentent dans l'air extérieur. Le problème vient de leur concentration dans l'air intérieur lorsque les spores trouvent des lieux humides pour se reproduire. Certaines spores sont irritantes, d'autres allergènes ou toxiques. Les plus toxiques peuvent être mortelles au-dessus d'une certaine concentration dans l'air.

Ici encore les québécois furent nombreux à réagir en apportant plusieurs solutions:
- couper l'humidité en provenance des sous-sols peu étanches
- installation d'échangeurs d'air, de ventilateurs de salles de bains et de hottes de cuisines pour sortir l'humidité là où elle est produite
- installation de déshumidificateurs pour baisser le taux d'humidité sous 45% en hiver
- isolation des murs froids (garde-robes, intérieur des comptoirs de cuisine, coins extérieurs) où condense l'air chaud et humide de la maison
- arracher les nombreux faux-plancher en bois pourris par les infiltrations d'eau, les inondations, la condensation et les fuites de plomberie pour les remplacer par des planchers flottants.
- désinfecter à l'eau de javel et enlever tout matériau poreux contaminé par les moisissures.

Le problème des moisissures est toutefois demeuré d'actualité car les moisissures se nourrissent principalement de cellulose et sont généralement cachées derrière les panneaux de plâtre cartonnés qui recouvrent tous les murs de nos maisons, de nos immeubles commerciaux, industriels ou institutionnels. Les fuites de toits, la condensation sur les tuyaux, les fuites de plomberie, les infiltrations autour des bains sont toujours des causes potentielles.

Les années 2000: polluants chimiques

Les problèmes respiratoires, les allergies et les problèmes de santé chroniques étant toujours très élevés on a ensuite pointé le doigt vers les polluants chimiques de nos maisons. Nous respirons toute la journée un véritable cocktail de produits chimiques qui peut affecter notre système immunitaire et même provoquer des dommages permanents aux foetus, aux jeunes enfants et aux personnes âgées.

Le constat général dans tout le Canada semble qu'il est impossible de trouver "LE" produit responsable parmi les milliers de produits chimiques dégagés par les matériaux de construction.

Depuis une dizaine d'années les entreprises ont réussi à réduire de manière spectaculaire les émissions de composés organiques volatils (COV) dans leurs matériaux.

Il y a maintenant:
- plusieurs marques de peintures sans COV
- des isolants de fibre de verre sans formaldéhyde
- des vernis à plancher durables à faible COV, éliminant le recours aux épouvantables vernis crystal
- des contreplaqués et panneaux OSB collés au phénol-formaldéhyde (PF) plutôt qu'à l'urée-formaldéhyde. Le phénol-formaldéhyde est moins toxique et il libère plus lentement ses COV ce qui engendre une plus faible concentration de COV dans l'air.

Une expérience canadienne réalisée sur deux maisons identiques dont l'une fut construite avec des matériaux standard dits "polluants" et l'autre réalisée avec les matériaux les plus sains qui soient, donna un nouvel éclairage sur la question de la pollution de l'air intérieur.

Deux familles normales occupèrent ces maisons. Après 6 mois d'occupation les deux maisons avaient le même taux de polluants intérieurs.

Deux facteurs influencèrent cet état:
1- Les matériaux dégagent principalement leurs polluants durant le premier mois et après 6 mois les émanations de COV sont très faibles. Il faut aussi savoir que les bois de construction résineux comme l'épinette et le pin dégagent des COV dans l'air comme les terpènes.

2- Les familles apportent constamment des polluants dans l'air intérieur dont les principaux sont probablement les produits nettoyants, le nettoyage à sec des vêtements, les parfums, les essences d'assainisseurs d'air, les désinfectants, les produits antitaches des fauteuils et rideaux en tissus, les protecteurs de souliers, les huiles de bains, les anti-sudorifiques et plusieurs autres produits de "soins corporels".

Dans les deux cas, l'échangeur d'air était nettement suffisant pour diluer la concentration de polluants dans l'air intérieur et maintenir une bonne qualité d'air dans les maisons. Par contre, certaines personnes hypersensibles demeurent fortement incommodées par de très faibles concentrations de polluants. Or ces polluants sont généralement gazeux et ne peuvent pas être filtrés mécaniquement. Si on ne peut pas les filtrer ni les diluer suffisamment il faut alors les modifier chimiquement.

Traitement aux UV. On ajouta aux filtres mécaniques HEPA un traitement aux rayons ultra-violet qui vient modifier la chimie des polluants par oxydation. Les polluants chimiques deviennent plus inoffensifs et les UV rendent aussi les virus, les bactéries et les moisissures stériles. Ce procédé reprend des principes naturels, l'exposition aux UV du soleil détruit aussi bon nombre de virus et bactéries. Par contre, le traitement aux UV dégage un peu d'ozone dans l'air (comme l'orage électrique). Au delà d'une certaine concentration, l'ozone peut devenir irritant pour certaines personnes dont les hypersensibles.

Les années 2010: prévention par le design et les matériaux

La santé dans l'habitat prend maintenant un nouveau tournant préventif par le design, le remplacement des matériaux et une attitude plus responsable des occupants.

Des sous-sols plus sains. Les sous-sols représentent un potentiel très élevé de pollution de l'air intérieur des maisons. Ils sont la source:

- d'humidité et de moisissures qui peuvent foisonner derrière les panneaux de plâtre cartonné ou d'aggloméré de bois qui couvrent les murs et les planchers. Personnellement, je suggère de ne pas construire de sous-sol quand c'est possible. Sinon, ne pas utiliser de matériaux pouvant absorber de l'eau sur les planchers et les murs. Il faut donc éliminer le bois, le placoplâtre cartonné (à remplacer par les panneaux MgO), les tapis et les isolants absorbants.

- de poussières couvrant les plafonds de tuiles acoustiques. Évitez les tuiles acoustiques amovibles en fibres de verre elles ne sont pas nettoyables.

- de radon, un gaz potentiellement cancérigène qui provient du sol. On attribue au radon la cause de 430 décès par cancer du poumon au Québec par année. Ce gaz incolore et inodore peut s'infiltrer à notre insu dans les sous-sols en provenance du sol. L'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) estime que le radon est un des contaminants environnementaux les plus importants en termes de risques sanitaires.

À partir de 2013, toutes les maisons neuves doivent être munies d'un conduit d'extraction du radon situé sous les dalles de béton. Par contre, ce système ne sera utilisé qu'en cas de besoin. Si vous êtes inquiets vous pouvez faire exécuter un test de qualité d'air.

Pour les maisons existantes, en cas de concentration élevée, la méthode habituelle pour contrer l'infiltration de radon consiste à casser le béton et installer un conduit perforé dans le sol pour ventiler le dessous de la dalle du sous-sol à l'aide d'un ventilateur mécanique d'extraction.

Des produits résistants à la moisissure. Pour les salles de bains et les endroits sujets à l'humidité, remplacer les panneaux de placoplâtre et d'OSB par des panneaux MgO.

Pour les isolants, contrairement à ceux qui rêvent d'isoler les murs de maisons avec des déchets, de la paille, du coton, de la laine de mouton, du chanvre, du bran de scie, des coquilles de sarrasin ou de n'importe quel matériau naturel ou recyclé, je redoute beaucoup plus la contamination bactérienne et les moisissures dans ces murs souvent mal scellés et portant en eux la source de contamination que dans des murs faits de matériaux synthétiques stériles. Pour moi, il faut surtout éviter les isolants absorbants car la moindre infiltration d'eau peut conduire à une contamination importante de l'air intérieur.

Des produits nettoyants plus sains. Utilisez des produits nettoyants à faible émanations de COV. Voir le Guide d'achat de produits nettoyants

Le grand inconnu du 21ème siècle: les champs électromagnétiques.

Les champs électro-magnétiques dégagés par les appareils électriques peuvent nuire à la santé s'ils sont trop élevés. Plusieurs études font un lien entre les champs électromagnétiques et la leucémie infantile. En milieu de travail, les femmes enceintes ne doivent pas être exposées à des champs électromagnétiques de plus de 2 milligauss et peuvent demander un retrait préventif à cet effet.

Or, la majorité des systèmes de planchers radiants installés dans les années 90 et bon nombre de produits encore installés aujourd'hui dégagent jusqu'à 100 milligauss...et les poupons passent leurs journées à ramper dessus!
Actuellement, les études sont incomplètes à ce sujet mais par mesure préventive choisissez les produits ayant un champs maximal de 4 milligauss au niveau du plancher.

On s'inquiète avec raison de l'accumulation de sources électromagnétiques comme les compteurs intelligents d'Hydro-Québec, les réseaux électriques résidentiels mal mis à la terre, les micro-ondes, les Wi-Fi, les écrans d'ordinateurs, les téléphones cellulaires, la multiplication des ondes radios, etc.
Mais pour l'instant, les gouvernements mondiaux préfèrent ignorer cette épée de Damoclès trop inquiétante pour être époussetée.

Des approches variées et complémentaires

On le voit, la question des maisons saines est complexe. Personnellement, je doute des gens qui ont une solution simple à un problème complexe. Méfiez-vous des charlatans de la qualité de l'air, ils sont nombreux.

Si vous vous sentez bien quand vous êtes à l'extérieur, chez des amis ou au travail et que vous avez des maux de tête, des nausées, des allergies, de l'asthme ou des irritations après quelques heures passées chez vous, vous devriez vous inquiéter de la qualité de l'air dans votre maison et commencer à investiguer pour trouver la cause.

Malheureusement, certaines personnes sont plus affectées que d'autres. La mauvaise qualité d'air ne nous affecte pas de la même manière.
Et les personnes devenues hypersensibles aux produits chimiques comme aux champs électromagnétiques sont encore sacrifiées sur l'hôtel du progrès technologique.

Évitez les vendeurs d'air. Il existe de nombreux laboratoires et inspecteurs indépendants en qualité de l'air. Nous pouvons vous référer une entreprise dans votre région selon la source de votre problème.

Par Yves Perrier
2012/11/22



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